La ville-papillon

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La ville-papillon

A l’ombre de ses montagnes Saint-Etienne s’est malgré tout développée.

Parce que la géologie lui a donné un peu de ses richesses. Le Furan d’abord, dont les forces motrices ont permis le développement des tanneries, puis des industries du fer (clincaillerie, armurerie) au Moyen Age. Puis le terrain schisto-gréseux houiller, si typique que la ville lui a donné son nom, qui a relancé la métallurgie lors des différentes révolutions industrielles.

Alors, à mesure que s’élevaient les cheminées d’usine et les ascenseurs de mine, Saint-Etienne a consommé. De l’espace, beaucoup d’espace, à chaque fois une dose un peu plus forte. Tout d’abord en profondeur, par ses galeries de mines et les crassiers qui en ont résulté, accentuant sa nature collinaire. Puis en surface. De 256 ha, la commune passe en 1855 à 3986 ha en absorbant les villages voisins de Beaubrun, Montaud, Outre-Furan et Valbenoîte. La Révolution, en cassant la « ceinture mystique » composée de couvents la plupart construits lors de la Contre-Réforme du XVIIe siècle, par la vente des biens d’Eglise, avait donné le signal de départ de cette extension.

L’année 1855 demeurera glorieuse pour les Stéphanois. Non seulement leur territoire s’accroît, mais ils obtiennent la préfecture du département de la Loire, située jusque-là à Montbrison.

Au début des années 1970, avec la loi Marcellin sur la fusion des communes, Saint-Etienne « gagne » Terrenoire et surtout Rochetaillée, qui abrite le barrage du Gouffre-d’Enfer, essentiel pour son alimentation en eau. En 1969, elle s’étend aussi à Saint-Victor-sur-Loire, un village qui ne lui est pas contigu, sur la rive droite du fleuve. On peut donc dire depuis cette date que Saint-Etienne est arrosée par la Loire…

Les géographes ont depuis longtemps classifié le tissu urbain : en damier, radioconcentrique, semi-radioconcentrique… On aurait du mal à faire entrer l’agglomération de Saint-Etienne dans l’une de ses catégories. Disons que la ville a une forme de papillon.

L’axe Sud-Nord, du quartier de Bellevue à celui de la Terrasse, qui recouvre le fond de vallée du Furan, constituerait le corps du lépidoptère. Les extensions à l’Est et à l’Ouest symboliseraient les ailes.

De nombreuses cartes l’illustrent. Puisque je me suis lancé dans le transport de voyageurs, j’ai choisi celle des lignes de tram et de bus. On remarque fort bien l’axe central occupé par les lignes de tramway, Saint-Etienne étant la seule ville de France ayant conservé ce mode de transport inauguré en 1881, ses homologues ayant redécouvert les charmes du rail urbain à partir des années 1980. L’aile gauche étend notamment ses lignes de bus vers les vallées de l’Ondaine et de la Loire. La droite, moins visible, va au sud vers la vallée du Gier et au nord sur les premiers contreforts des monts du Lyonnais.

La forme papillon figure sur de nombreuses cartes . Puisque je me suis lancé dans le transport de voyageurs, j’ai choisi celle des lignes de tram et de bus. On remarque fort bien l’axe central occupé par les lignes de tramway, Saint-Etienne étant la seule ville de France ayant conservé ce mode de transport inauguré en 1881, ses homologues ayant redécouvert les charmes du rail urbain à partir des années 1980. L’aile gauche étend notamment ses lignes de bus vers les vallées de l’Ondaine et de la Loire. La droite, moins visible, va au sud vers la vallée du Gier et au nord sur les premiers contreforts des monts du Lyonnais. Photo Société de transports de l’agglomération stéphanoise.

La forme papillon du tracé originel se retrouve d’ailleurs dans la conurbation (380 000 habitants pour l’agglomération, 510 000 habitants en comptant les zones périurbaines), qui satellise notamment les agglomérations de Firminy, Saint-Chamond et Saint-Just-Saint-Rambert.

La dernière chrysalide de cette ville-papillon date de 1982. Année noire qui a vu les chutes simultanées de l’empire Manufrance (armes, cycles, ventes par correspondance…) et de la mythique AS Saint-Etienne. Les footballeurs au maillot vert ont depuis retrouvé le chemin de l’élite, et le stade Geoffroy-Guichard, en pleine rénovation, est redevenu le tumultueux Chaudron des soirs de match de Ligue 1. Bâtiments et friches industrielles retrouvent peu à peu une nouvelle vocation, notamment culturelle, la ville étant entrée en 2010 dans le réseau des villes créatives de l’Unesco, comme « capitale du design du XXIe siècle ».

Effet Guggenheim, comme à Bilbao ? Pas si sûr, tant la vocation industrielle demeure, notamment à travers les nombreuses zones d’activité qui ceinturent la ville. Ses actifs sont encore à 20 % employés dans le secteur industriel, contre 14 % de moyenne nationale.

Mais beaucoup de travail reste à faire. La rénovation urbaine, achevée dans les quartiers sud et en bonne voie dans celui de la Tarentaize, reste en cours à Montreynaud et au Soleil. Si le quartier de la gare de Châteaucreux se modernise à toute vitesse, quelques poches de pauvreté demeurent en centre-ville, où le revenu médian annuel par foyer fiscal reste bloqué à 16 183 €, contre 18 749 € en France métropolitaine. Le chômage persiste à être en moyenne un point plus élevé que dans le reste du pays.

La situation financière de la commune demeure délicate. La municipalité communiste (1977-1983) a du gérer la désindustrialisation. Les maires de centre-droit qui lui ont succédé ont du emprunter, notamment avec des produits financiers complexes, pour la reconversion de la ville. Elue en 2008, l’actuelle municipalité socialiste a bataillé auprès des tribunaux pour dénoncer les termes de certains de ces crédits « toxiques ». Nul doute que ce dossier pèsera lourd lors des municipales de 2014.

Le papillon n’a pas achevé sa mue mais il ne manque pas d’atouts. Le centre-ville, abritant encore de nombreuses classes populaires, n’a pas subi le phénomène de gentrification en cours dans la plupart des villes françaises.  Il s’avère riche en patrimoine architectural des XIXe et XXe siècles, qui ne demande qu’à être redécouvert.  La ville en elle-même est l’une des portes d’entrée vers la verte Auvergne, région de plus en plus citée en exemple pour son développement harmonieux. Avec l’école des Mines, l’école nationale d’ingénieurs, des universités et de nombreux établissements d’enseignement publics et privés, la population demeure bien formée et encore riche de savoir-faire.

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